Genèse du projet

DÉVELOPPEMENT DE L'OPÉRATION

L'histoire du Camp des Milles est exemplaire, illustrant bien la politique d'exclusion de Vichy et les difficultés de la mémoire, reflétant les différentes étapes de l'intolérance et de la persécution depuis les internements de 1939 jusqu'aux déportations d'août-septembre 1942. Il faut aussi relever sa spécificité tenant en particulier à sa fonction d'unique camp français de transit, et au nombre d'artistes et d'intellectuels européens qui y ont été internés.

En outre, la Tuilerie est unique en France par l'état de très bonne conservation du bâtiment concerné ainsi que par les peintures laissées par les nombreux artistes internés ; l'ensemble du site a d'ailleurs bénéficié, le 23 février 2004, d'un arrêté d'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Un tel aménagement de grande ampleur n'existe à ce jour sur le site d'aucun camp français d'internement de la deuxième guerre mondiale.

L'écho exceptionnel déjà rencontré par l'histoire de ce camp, en France comme à l'étranger, auprès des anciens comme des plus jeunes, des médias comme des chercheurs, traduisait bien les qualités exceptionnelles du site ; en outre par égard pour les attentes anciennes et légitimes des internés, déportés et de leurs familles, mais aussi de nombreux enseignants et visiteurs français et étrangers, la réalisation d'une solution satisfaisante moralement et utile pédagogiquement s'imposait dans les meilleurs délais.

Le projet « Mémoire du Camp des Milles » répondait à cet objectif en prévoyant l'ouverture au public du bâtiment d'internement lui-même, riche de traces exceptionnelles du passé, et l'aménagement du site dans une perspective avant tout pédagogique, incluant un volet « éducation citoyenne », particulièrement nécessaire aujourd'hui, présentant les grandes questions éthiques posées par ces événements. Une étape décisive fût franchie fin 2001 lorsque la société Lafarge Couverture, encore propriétaire des lieux, accepta que les bâtiments et toute la partie de son exploitation correspondant à l'ancien camp soient affectés à un projet de mémoire. Ce fut le début d'une nouvelle dynamique conduisant à l'élaboration d'un projet consensuel, à la fois sur le plan politique et sur le plan technique, né de l'accord entre la « société civile » et la puissance publique.

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L'opération « Mémoire du Camp des Milles »

L'opération « Mémoire du Camp des Milles » avait pour objectif de sauvegarder, d'aménager et d'ouvrir au public les bâtiments du seul camp d'internement, de transit et de déportation encore en bon état en France, porteur de traces visibles de ce passé. Ce lieu fait référence à une période de l'Histoire particulièrement douloureuse. Il est ainsi un élément majeur de la mémoire nationale et de la culture européenne.

L'opération constituait l'aboutissement d'une longue marche de la mémoire, tournée vers l'aménagement du site en espace d'éducation citoyenne et de culture. Un accent particulier sera donc mis sur cette dimension.

L'ambition de l'opération était de renforcer la vigilance et la responsabilité du visiteur, spécialement du jeune visiteur, face aux menaces permanentes du racisme, de l'antisémitisme, du fanatisme et du totalitarisme.

Les moyens d'investissement et de fonctionnement rassemblés en janvier 2008 étaient enfin suffisants pour permettre le début des travaux et assurer une ouverture correcte du futur Mémorial du Camp des Milles dès 2011. D'autres financements, publics et privés, sont recherchés pour assurer le plein développement de ses dimensions éducatives et culturelles ainsi que son rayonnement international.

Le 18 janvier 2009 à 11h30 eut lieu une manifestation solennelle marquant le commencement des travaux du futur Mémorial, étape très attendue par l'ensemble des quinze partenaires publics, privés et associatifs qui ont permis cette opération. Cette manifestation était placée sous le Haut Patronage du Président de la République.

Un décret du Premier Ministre en date du 25/02/ 09 parut au Journal Officiel du 27/02/09 reconnaissant la "Fondation du Camp des Milles : Mémoire et Education" comme "établissement d'utilité publique".

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Le Wagon du Souvenir

Le 16 décembre 1990 eut lieu l'inauguration officielle d'un «Chemin des Déportés » (menant aujourd'hui au wagon-souvenir), qui correspond au trajet qu'effectuaient les déportés du camp vers les trains ; - Le 17 juin 1991, un arrêté ministériel a créé un « Comité consultatif » de ce qui était alors appelé, pour la première fois officiellement, le « Site mémorial des Milles » ; - En 1992 on trouve l'identification de chacun des déportés du Camp des Milles dans la publication des Fils et Filles des Déportés juifs de France consacrée aux transferts des juifs de la région de Marseille.

La même année, l'Amicale des déportés d'Auschwitz put obtenir de la SNCF un ancien wagon, semblable à ceux utilisés en 1942, aménagé ensuite en lieu de mémoire de la déportation. Le 9 octobre 1991, en continuation de l'action du comité de coordination, était créée une structure juridique destinée à renforcer l'action engagée : « l'Association du Wagon Souvenir des Milles », qui regroupe l'ensemble des associations locales de déportés, d'internés et de résistants ainsi que la communauté juive et l'Amicale des anciens déportés d'Auschwitz. Le Wagon-souvenir est aujourd'hui très fréquemment visité par des personnes du monde entier, et avant tout par des scolaires de notre région.

Son inauguration le 9 novembre 1992 a fait l'objet d'une grande opération d'information et d'éducation, baptisée « Mémoire pour demain », organisée par l'Association du Wagon-souvenir en étroite collaboration avec le Rectorat d'Aix-Marseille, et fortement soutenue par la Mairie d'Aix, par le Conseil Général et par le Conseil Régional, ainsi que par de nombreuses associations. Plusieurs dizaines de manifestations culturelles, spécialement tournées vers les jeunes de toute la région, ont touché des milliers de personnes (dont plus de 7.000 jeunes), et suscité plus de 300 articles ou émissions dans les médias locaux, nationaux et internationaux.

Une autre manifestation culturelle fut réalisée l'année suivante : l'exposition nationale « Le temps des rafles », élaborée par le Centre de Documentation Juive Contemporaine. - Une école élémentaire des Milles a reçu le nom d'Auguste Boyer, « Juste parmi les Nations, le 3 octobre 1992. - Le local des peintures murales, acquis par le Ministère des Anciens combattants en 1989, fait l'objet d'un classement définitif le 2 novembre 1993.

Le 27 février 1997, cette salle a été officiellement inaugurée par le Ministre des Anciens combattants, les peintures murales ayant été restaurées. Elle devint ainsi le « Mémorial national des Milles ». - En 2002, avec l'appui des collectivités territoriales, un renouvellement complet de l'exposition du Wagon-Souvenir a été confié par l'Association concernée au Centre de Documentation Juive Contemporaine, dont la compétence pour ce type de réalisation est unanimement reconnue. La nouvelle exposition a été mise en place pour les commémorations nationales du 21 juillet 2002.

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LE COMITÉ DE PILOTAGE

Cette étape a été marquée officiellement par une « Déclaration commune sur le projet de lieu de mémoire de l'internement et de la déportation dans la Tuilerie des Milles », adoptée le 26 mars 2002 par la Mairie d'Aix-en-Provence, la Société Lafarge Couverture, le Conseil représentatif des Institutions juives de France (CRIF) et l'Association du Wagon-Souvenir et du Site-Mémorial des Milles. Elle prévoyait notamment la constitution d'un Comité de pilotage du projet « Mémoire du Camp des Milles » ayant pour mission de conduire le travail de conception et de réalisation d'un Mémorial de l'Internement et de la Déportation, dans le cadre d'un ensemble comprenant déjà le « Musée national des Milles », le Wagon-Souvenir, la stèle et le Chemin des Déportés.

Cette Déclaration a marqué le début d'une nouvelle phase décisive, intervenant vingt ans après le début du long chemin de la mémoire du camp des Milles. Le Comité de pilotage travaille ainsi au projet depuis 2002. Présidé par Alain Chouraqui, Directeur de recherche au CNRS, il rassemble l'Etat (ministères de l'Education nationale, de la Culture et de la Défense), les collectivités locales (Région, Département, ville d'Aix-en-Provence et Communauté du Pays d'Aix), la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et la Société Lafarge Couverture, les associations concernées (Association du Wagon-Souvenir et CRIF), ainsi que le Mémorial de la Shoah.

Le Comité a souhaité la création d'une association porteuse du projet : l'Association Mémoire du Camp d'Aix-Les Milles.

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LA CONVENTION PLURIANNUELLE D'OBJECTIFS

Le Comité de pilotage a d'abord élaboré une « note d'orientation » déclinant les grands objectifs du projet, et constituant une véritable charte commune, approuvée unanimement.

Ce document a ensuite été précisé par une étude de programmation détaillée, effectuée par François Guiguet (architecte, cabinet Aubry et Guiguet), permettant au Comité de pilotage de définir ses choix pour la préfiguration, la réalisation, le financement et l'aménagement du site.Ces dispositions ont été actées par une Convention pluriannuelle d'objectifs dont le texte a été adopté le 9 octobre 2003 par les représentants politiques ou administratifs de tous les partenaires (à l'exception de la DMPA absente à la réunion).Cette Convention détaillée traite ainsi du contenu du projet, du site et de son environnement, de la conduite de projet, des objectifs en matière d'investissement et de fonctionnement, de la future structure de gestion.Elle confirme le plan d'aménagement retenu par le Comité de pilotage et annexé au texte lui-même.

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LE CONSEIL SCIENTIFIQUE

Un Conseil Scientifique est créé par l'Association Mémoire du Camp d'Aix-Les Milles en vue de garantir la qualité des contenus scientifiques du projet mémoriel, pédagogique et culturel défini par son Comité de pilotage et par le projet de Convention pluriannuelle d'objectifs entre les différents partenaires publics et privés.

Ce Conseil est l'instance scientifique de validation de ces contenus et de conseil de l'association porteuse du projet. Il travaille dans le cadre des grandes orientations et des thématiques retenues par le Comité de pilotage.

Le Conseil examine, critique et valide les propositions faites par le Mémorial de la Shoah, lui-même chargé par l'Association et le Comité du travail d'élaboration des contenus.

Il soumet ses conclusions au Comité de pilotage, ainsi que toute proposition en relation avec sa mission.

Ses membres pourront en outre être consultés personnellement sur des aspects particuliers relevant de leur domaine d'expertise, ou sollicités pour contribuer aux groupes de travail ad hoc créés par l'Association.

Ce Conseil scientifique de vingt membres rassemble des universitaires de différentes disciplines (histoire, sociologie, philosophie, histoire de l'art…), des pédagogues et des spécialistes de la conservation du patrimoine.

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DE NOMBREUSES ÉTUDES PRÉALABLES

En vue de permettre la réalisation des objectifs de la Convention, l'année 2004 a été l'année des études préalables, destinées à préciser la faisabilité et les possibilités du projet.

La plus lourde a été l'étude de compréhension historique et sanitaire du site. Une équipe regroupant architectes du patrimoine, archéologues et historiens s'est penchée sur la question des modalités de l'occupation réelle des lieux de 1939 à 1942, cherchant à spécifier les zones ayant servi à l'internement, leurs fonctions exactes, l'évolution de celles-ci au cours des trois ans et demie d'activité du camp. La recherche d'inscriptions et de peintures murales fut également l'un des objectifs de ce vaste chantier.

Parallèlement, d'autres études ont porté sur le bâtiment lui-même, presque centenaire. Un sondage de structure a été effectué qui a permis de constater la solidité de la structure et de localiser précisément les zones requérant un travail de renforcement. Une autre étude portant sur la localisation d'éventuelles traces de pollution sur le site s'est révélée rassurante.

Enfin, une étude du potentiel de fréquentation du futur site a été confiée à un laboratoire spécialisé de l'Université d'Avignon.

D'autres travaux ont été engagés par des groupes de travail ad hoc, sur le contenu des volets historique et réflexif, sur les aspects juridiques, sur les budgets prévisionnels d'investissement et de fonctionnement.

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DU PROJET À L'OPERATION

Considérant le projet comme assez mûr pour cela, le Comité de pilotage décida de lancer en juin 2004 un concours européen de maîtrise d'œuvre qui permit de recueillir quarante-quatre dossiers de candidatures, provenant de 6 pays.

Après délibération du jury, composé notamment de l'ensemble des partenaires publics et privés du projet, L'association porteuse du projet confia le 25 juillet 2006 à l'équipe de l'Atelier Novembre, classée première, la conception architecturale, technique, muséographique et paysagère de la conservation et de l'aménagement des espaces du Camp des Milles. Le projet couvrait l'ensemble des bâtiments ayant servi à l'internement, ainsi que les terrains attenants, permettant ainsi une unité du site depuis ces bâtiments jusqu'au Wagon du Souvenir et à la stèle commémorative, en passant par la Salle des Peintures et le Chemin des Déportés.
Le projet sélectionné permit de développer les trois volets, mémoriel et historique, éducatif et culturel.

Afin de renforcer le socle juridique et institutionnel de l'opération et du futur équipement et de maintenir la synergie de l'ensemble des partenaires publics, privés et associatifs, ceux-ci ont firent le choix de créer une Fondation reconnue d'utilité publique : la « Fondation du Camp des Milles : Mémoire et Education ».

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L'appel des grands anciens du Site-mémorial du Camp des Milles

Sidney CHOURAQUI, Denise TOROS-MARTER, Louis MONGUILAN
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